Jamaique !!!
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Jamaique !!!







Marcus Garvey | Martin Luther King | Malcolm X | Hailé Sélassié | Rastafarisme


Une «religion noire» basée sur le respect d'autrui et de la nature :

Le RASTAFARISME.


Bob Marley

    «Tournez vos yeux vers l'Afrique où un roi noir sera couronné, car le jour de la délivrance est proche». Cette phrase lancée en 1927 par Marcus Garvey - fondateur de la «United Negro Improvement Association» -, du haut d'une chaire d'église, a sonné le début du rastafarisme, qui promet aux anciens esclaves la rédemption et le retour en Afrique. La presse coloniale dénonce alors cette doctrine éthiopianiste "vulgaire" qui fait grand bruit chez les Afro-jamaïcains miséreux. Plus qu'un simple «mouvement» - dont seuls quelques privilégiés réunionnais connaissent véritablement l'origine - le rastafarisme est devenu une religion noire née à la Jamaïque trois ans plus tard, lorsque la prophétie de Marcus Garvey se réalise en Éthiopie.

    En 1930, en effet, le jeune Ras Tafari Makonnen devient empereur sous le nom d'Hailé Sélassié (le pouvoir de la trinité), rois des rois, lion conquérant des tribus de Judée. Des représentants prestigieux des pays occidentaux assistent au sacre très médiatisé de Sélassié. L'empereur d'Éthiopie apparaît en couverture de tous les journaux. Un Noir en première page ! Cet évènement est très remarqué, et particulièrement en Jamaïque. Il est perçu par une communauté d'agriculteurs éthiopianistes de Sligoville (Jamaïque), le Pinacle (dirigé par Leonard Percival Howell véritable fondateur du mouvement Rastafari), comme étant l'accomplissement de la prophétie attribuée à Garvey. Pour les adeptes de Marcus Garvey, il ne fait aucun doute que ce descendant direct du roi Salomon et de la reine de Saba est bien le messie noir annoncé. Le couronnement de Ras Tafari Makonnen marque la naissance de l'Église orthodoxe éthiopienne - une pure forme de christianisme qui n'oublie pourtant pas ses racines judaïques et égyptiennes - installée sur l'île par l'empereur à la demande des ratafariens locaux.
    La source du rastafarisme se trouve ainsi dans cet endroit bien précis, la vallée du Nil, une immense région qui inclut l'Égypte au nord et l'Éthiopie au sud. La connaissance qui irrigue le cure du rastafarien vient de l'âme de cette partie de l'Afrique...
    Comme partout ailleurs dans le monde, les années 30 furent à la Jamaïque des années d'agitations sociales et de convulsions. Le mouvement ouvrier culmina lors de la brutale élimination de coupeurs de cannes à sucre. Quatre grévistes sont abattus et des dizaines d'autres arrêtés. Parmi eux: Alexander Bustamante, leader du nouveau mouvement des travailleurs jamaïcains. La situation était idéale pour l'émergence d'un groupe insulaire ayant mentalement divorcé d'un système dans lequel on pouvait perpétrer de tels actes. Dans les collines de l'est, les campements de rastafariens se multiplient et une vie d'ascétisme et de créativité artistique devient l'armure des adeptes de la religion contre «Babylone». Pour les rastas, tout ce qui relève de l'institution - gouvernement, police, église, etc. - est ainsi appelé, alors qu'ils se considèrent, eux-mêmes, comme les vrais juifs, selon une transcription moderne de certains passages de la Bible.
    Peu avant et après l'indépendance de la Jamaïque en 1962, les rastas et la police s'opposent, les armes à la main, au cours de violents affrontements. Mais le nombre d'adeptes de Sa Majesté dans de telles affaires est sans comparaison avec la rapidité avec laquelle les idées du mouvement se répandent. Toutefois, il aura fallu l'effort d'un homme qui, en grandissant à Kingston, avait écouté à Back A Wall et à Dungle, les discours des rastas pour populariser dans le monde entier cette idée apparemment absurde, que l'empereur d'Ethiopie était le Dieu vivant. Cet homme, bien sûr, fut Bob Marley. A travers le reggae, devenu le principal moyen de propagation du mouvement, Bob Marley répand ainsi dans le monde entier le message rastafarien.
    Une philosophie toujours d'actualité 21 ans après la disparition du «lion de Kingston», grâce notamment à Burning Spear, Israël Vibration, Culture et autres groupes virtuoses de cette musique au rythme régulier et syncopé. D'Alfa Blondie à Big Mountain en passant par Tonton David, l'héritage de Bob Marley est immense voire universel.
    Un style qui a «converti» aussi de nombreux artistes locaux et régionaux. Patrick Persée, sa fille Jessica, Philippe Lapotaire du groupe Na Essayé, Rouge Reggae ou encore Ras Natty Baby et Natty Dread contribuent également à l'épanouissement de cette philosophie rastafarienne à travers le reggae et ses dérivés, maloggae et seggae notamment. Beaucoup plus discrets, certains essaient même de fonder leur petite communauté rasta dans différents coins retirés de la Réunion - comme la «Vallée des lions», un écart de Corbeil à la Saline, disparue aujourd'hui, engloutie par le modernisme - ou plus récemment à Marla dans le cirque de Mafate. Comme en Éthiopie, ils reconnaissent en Râ, adoré par les Égyptiens en tant que Dieu du soleil, une force vitale et tiennent pour acquis que «l'homme n'est ni séparé, ni différent de Jah» (Dieu), abréviation de Jéhova...
    La philosophie veut que les adeptes du mouvement rastafarien ne se peignent, ni ne se coupent les cheveux, selon les préceptes du Lévitique dans la Bible. La première communauté rastafarienne ne porte pas encore de dreadlocks, adoptent un régime alimentaire sans alcool ni sel, composé de fruits, de racines, de poissons à écailles et de légumes. En revanche, la consommation de marijuana, ou ganja, est un rite sacré parce qu'elle "favorise la méditation". Des produits consommés exclusivement au moment des «chalices» (réunions de groupes) qui favorisent l'ouverture d'esprit et la modification de la conscience pour s'entretenir avec les esprits supérieurs... Ils consomment le tabac local et la ganja depuis des siècles; le principe même de fumer le tabac vient même des indiens Arawaks de Jamaïque, étudiés par Christophe Colomb (et exterminés par les Espagnols) qui a passé l'année 1503 naufragé sur cette île. Il a aussi rapporté des compte-rendus étonnants de matches de batos, l'authentique ancêtre arawak du futur sport national jamaïcain : le football. Les Jamaïcains post-Arawaks ont toujours raffolé du chanvre, dont une des propriétés est d'augmenter l'acuité auditive. L'importance fondamentale de la musique dans la société jamaïcaine est certainement liée à cette consommation de ganja, mais Howell et ses camarades la relient d'abord à "l'herbe de la sagesse" qui poussait jadis sur la tombe de Salomon. C'est pour ces raisons que les Jamaïcains, et les Rastas en particulier, sont bien sûr très associés à la fumette, que le reggae chante abondamment.
    L'un des premiers à enregistrer sur ce thème est Count Ossie (Herb I Feel, années 60), suivi de King Stitt (Herbman Shuffle, 1969), Bob Marley (Kaya, 1970), Peter Tosh (Legalize It, 1976). Howell et sa communauté sont très mal vus par les autorités pour leurs pratiques "blasphématoires", pour leur rejet farouche de la culture et de la société coloniale. Il est arrêté pour sédition en 1933, puis interné à l'asile à plusieurs reprises, alors que le Pinacle est détruit maintes fois par la police.
    La dispersion violente des premiers Rastas en mène beaucoup jusqu'à la capitale dans les années 1940. Véritables parias, incompris, martyrisés, ils s'installent essentiellement au bord de la mer, près du centre de Kingston, dans le quartier ouest de Back-o-wall où ils construisent un bidonville. Leurs conditions de vie sont très difficiles. Différents mouvements éthiopianistes de libération, parfois menés par des farfelus comme Prince Emmanuel, fondateur de la future communauté Bobo des chanteurs enturbannés Sizzla et Anthony B des années 1990, se développent parallèlement en Jamaïque. Ces sectes "éthiopianistes" comme on les appelait, se tournent vers les cultures africaines encore tabou dans la société coloniale. Leur révérence envers l'empereur d'Éthiopie, anciennement le ras Tafari, leur donne peu à peu un nom générique : Rastafari.
    Dans les années 1970, Bob Marley dira ceci lors d'une conférence de presse : "Le Christ a promis de revenir au bout d'environ deux mille ans. Il a dit qu'à son retour il serait le roi des rois, le seigneur des seigneurs, le lion conquérant des tribus de Juda sur les terres du roi Salomon et du roi David. Toute ma vie j'ai vraiment cherché à savoir si Dieu existait. Et comme je ne suis pas du tout raciste, je l'ai cherché partout. J'ai regardé en Europe, en Afrique, partout. Quand j'ai regardé en Éthiopie j'ai vu un homme qu'on appelle le roi des rois, le seigneur des seigneurs, le lion conquérant des tribus de Juda sur les terres du roi Salomon et du roi David. Exactement comme dans la Bible ! Chez moi, il y a ce détail qui revient toujours, c'est qu'il paraît que le roi Jean a coupé des passages de la Bible. Moi, tout ce que je vois, c'est que s'il a fait ça, c'est sûrement pas à l'avantage des Noirs. Alors quand j'ai entendu cette révélation du roi des rois qui revenait des terres des rois David et Salomon, j'ai su que c'était vraiment le retour du Christ. Le vrai nom de Haïlé Sélassié c'est Rasta, alors nous sommes le peuple des Rastas."
    Depuis longtemps déjà, les «rastas pays» ont fait du zamal leur «marie-jeanne». Pour un même effet ? «Aujourd'hui, il faut distinguer les vrais rastas des faux», insiste Ludovic Valleix, responsable de Tam-Tam Éditions et Communication, vraisemblablement le plus rastafarien des Réunionnais. «Un vrai rasta ne fume pas le zamal toute la journée. Il ne suffit pas de porter des dreadlocks et de se réfugier derrière la drogue pour rechercher les solutions à ses problèmes. Il faut avant tout posséder un esprit saint dans un corps saint. Il faut aussi respecter l'authenticité de la philosophie basée sur le respect de l'individu». Tel qu'il est pratiqué à la Jamaïque depuis 1930 environ, le rastafarisme est une rénovation de cette religion orthodoxe très ancienne mais toujours vivante. Soixante-douze ans après le couronnement de l'empereur éthiopien Hailé Sélassié, et 21 ans après la disparition de Bob Marley, cette philosophie reste vivace à travers le monde. Une «religion noire» qui prône la tolérance et le partage dont de nombreux vrais rastafariens pays ignorent encore l'origine.